vers 1390
Le plus ancien document connu de l’Ordre : un poème de 794 vers en moyen anglais qui expose l’histoire légendaire de la maçonnerie, ainsi que les quinze articles et les quinze points qui liaient le maître et les compagnons. Le manuscrit a appartenu à l’ancienne Bibliothèque royale d’Angleterre et se trouve aujourd’hui à la British Library (Royal MS 17 A I).
Texte en moyen anglais tel que l’a imprimé H. J. Whymper en 1889, d’après la première édition de J. O. Halliwell de 1840.
À propos de ce texte
Le Poème Regius, appelé aussi Manuscrit Halliwell, est le plus ancien document connu de la Franc-Maçonnerie. L’antiquaire anglais James Orchard Halliwell l’a repéré dans le fonds de l’ancienne Bibliothèque royale du British Museum et l’a publié en 1840. C’est un poème en distiques rimés, écrit en moyen anglais. Il raconte comment la géométrie, qu’il identifie à la maçonnerie, fut enseignée par Euclide en Égypte et apportée en Angleterre sous le roi Athelstan ; il énonce les quinze articles pour le maître et les quinze points pour les compagnons qu’une assemblée de seigneurs et de maçons aurait rédigés ; il rappelle les Quatre Couronnés, les sept arts libéraux et la tour de Babel ; et il s’achève sur des conseils de conduite à l’église et à table.

La traduction française est celle de la Grande Loge du Kazakhstan, faite d’après le texte en anglais moderne.
L’original en moyen anglais
Traduction française
Ici commencent les constitutions de l'art de la géométrie selon Euclide.
Quiconque lira et regardera bien pourra trouver écrit dans un vieux livre que de grands seigneurs, et aussi des dames, avaient ensemble beaucoup d'enfants et, en vérité, n'avaient pas de revenus pour y pourvoir, ni en ville, ni aux champs, ni dans les bois. Ils tinrent conseil pour décider, à cause de ces enfants, comment ils pourraient le mieux mener leur vie sans grande détresse, souci ni querelle, et surtout à cause de la multitude d'enfants qui grandissaient après leur naissance.
Alors ils firent venir de grands savants pour enseigner à leurs enfants les bonnes œuvres, et les prièrent, pour l'amour de Notre Seigneur, de faire quelque ouvrage pour leurs enfants, afin qu'ils pussent y gagner leur vie, bien et honnêtement, en pleine sécurité.
En ce temps-là, par la bonne géométrie, ce noble Métier de la bonne maçonnerie fut ordonné et établi de cette manière, façonné ensemble par ces savants. À la prière de ces seigneurs, ils façonnèrent la géométrie et lui donnèrent le nom de maçonnerie, car c'est le plus honnête de tous les métiers. Les enfants de ces seigneurs l'embrassèrent, pour apprendre de lui le métier de la géométrie, qu'il avait établi avec grande habileté. Par les prières des pères et aussi des mères, il les mit à ce noble métier.
Celui qui apprenait le mieux, qui était honnête et surpassait ses compagnons en savoir-faire, s'il les surpassait dans ce métier, devait avoir plus d'honneur que le moindre. Le nom de ce grand savant était Euclide, et son nom se répandit très loin et très largement. Ce grand savant ordonna encore que celui qui était le plus élevé dans ce degré enseignât le plus simple d'esprit dans ce noble métier jusqu'à ce qu'il fût parfait, et qu'ainsi chacun enseignât l'autre et qu'ils s'aimassent l'un l'autre comme sœur et frère.
Il ordonna de plus que celui qui était le plus honoré fût appelé Maître, et que les maçons ne s'appelassent jamais entre eux, au sein du Métier, sujet ou serviteur, mon cher frère, même s'il n'était pas aussi parfait qu'un autre. Chacun appellera les autres Compagnon, par courtoisie, parce qu'ils sont de naissance noble. C'est de cette manière, par le bon esprit de la géométrie, que le Métier de la maçonnerie commença : le savant Euclide le trouva ainsi, ce métier de la géométrie, au pays d'Égypte.
En Égypte il l'enseigna au loin et largement, et en de nombreux pays de tous côtés. Bien des années plus tard, je l'entends ainsi, avant que le Métier fût venu dans ce pays, il vint en Angleterre, comme je vous le dis, au temps du bon roi Athelstan. Celui-ci fit alors bâtir des halles et des chambres, et de hauts temples de grand honneur, pour se divertir de jour et de nuit, et pour adorer son Dieu de toute sa force.
Ce bon seigneur aimait fort ce Métier et résolut de le fortifier en toutes ses parties, à cause des diverses fautes qu'il trouvait dans le Métier. Il envoya dans tout le pays que tous les maçons du Métier vinssent à lui sans tarder, pour corriger toutes ces fautes par un bon conseil, si cela se pouvait faire.
Il fit alors tenir une assemblée de divers seigneurs, chacun selon son rang : ducs, comtes et barons, chevaliers, écuyers et bien d'autres, et les grands bourgeois de cette ville. Ils y étaient tous, chacun dans son degré, pour ordonner l'état de ces maçons. Ils y cherchèrent, par leur esprit, comment ils pourraient le gouverner, et ils établirent quinze articles et quinze points.
Ici commence le premier article.
Le premier article de cette géométrie : le maître maçon doit être ferme, fidèle et loyal ; il ne s'en repentira jamais. Payez vos compagnons selon le coût, comme vous savez bien ce que coûtent alors les vivres ; payez-les loyalement, sur votre foi, ce qu'ils peuvent mériter ; et ne prenez pas pour leur salaire plus qu'ils ne peuvent valoir. Ni par amour ni par crainte n'acceptez de pot-de-vin d'aucune des deux parties, du seigneur ou du compagnon, quel qu'il soit ; ne prenez d'eux aucun présent. Tenez-vous droit comme un juge, et alors vous faites droit aux deux. Faites cela loyalement partout où vous irez, et votre honneur et votre profit n'en seront que plus grands.
Le deuxième article.
Le deuxième article de la bonne maçonnerie, comme vous pouvez ici l'entendre en particulier : tout maître qui est maçon doit assister à la congrégation générale, pourvu qu'on lui ait dit raisonnablement où l'assemblée doit se tenir. Il doit aller à cette assemblée, à moins qu'il n'ait une excuse raisonnable, ou qu'il ne soit désobéissant au Métier, ou surpris dans le mensonge, ou que la maladie ne le tienne à tel point qu'il ne puisse venir parmi eux. C'est là une bonne et suffisante excuse pour manquer l'assemblée, sans un mot de fable.
Le troisième article.
Le troisième article, en vérité, est que le maître ne prenne aucun apprenti sans avoir bonne garantie que l'apprenti restera avec lui sept ans, comme je vous le dis, pour apprendre son métier, qui est profitable. En moins de temps il ne peut être utile ni au profit du seigneur ni au sien propre, comme vous pouvez le savoir par bonne raison.
Le quatrième article.
Le quatrième article doit être celui-ci : que le maître veille bien à ne pas faire d'un serf son apprenti, ni à le prendre par convoitise, car le seigneur auquel il est lié peut aller chercher l'apprenti où qu'il aille. S'il était pris dans la loge, il en naîtrait beaucoup de trouble, et pareil cas pourrait arriver qu'il affligerait quelques-uns ou tous, car tous les maçons qui s'y trouvent se tiendront ensemble. Si un tel homme demeurait dans ce Métier, vous pourriez raconter bien des troubles. Pour plus d'aisance, donc, et pour l'honneur, prenez un apprenti de plus haut degré. Je trouve écrit depuis les temps anciens que l'apprenti doit être de noble nature, et c'est ainsi que parfois le sang de grands seigneurs s'est adonné à cette géométrie, ce qui est fort bon.
Le cinquième article.
Le cinquième article est fort bon : que l'apprenti soit de sang légitime. Le maître ne doit pas, pour aucun avantage, prendre un apprenti difforme. C'est-à-dire, comme vous pouvez l'entendre, qu'il doit avoir tous ses membres entiers. Ce serait grande honte pour le Métier de faire d'un homme boiteux et infirme un maçon, car un homme imparfait de ce sang ferait peu de bien au Métier. Ainsi vous pouvez tous savoir que le Métier voudrait un homme vigoureux. Un homme mutilé n'a point de force ; vous pouvez le savoir bien avant la nuit.
Le sixième article.
Le sixième article, vous ne devez pas le manquer : que le maître ne fasse aucun tort au seigneur en prenant du seigneur, pour son apprenti, autant que ses compagnons en toutes choses. Car en ce métier ils sont pleinement parfaits, et lui ne l'est pas, comme vous pouvez le voir. Il serait aussi contre la bonne raison de prendre son salaire comme ses compagnons. Ce même article, en ce cas, juge que l'apprenti prenne moins que ses compagnons, qui sont pleinement parfaits. En diverses matières il peut le rendre : le maître peut si bien instruire son apprenti que son salaire croisse vite, et avant que son terme n'arrive à sa fin, son salaire peut être fort amélioré.
Le septième article.
Le septième article, qui est maintenant ici, vous dira tout ensemble : nul maître ne doit, par faveur ou par crainte, vêtir ni nourrir aucun voleur. Il ne doit jamais héberger de voleurs, ni un homme qui a tué un homme, ni quiconque a mauvais renom, de peur que cela ne tourne le Métier à la honte.
Le huitième article.
Le huitième article vous montre que le maître peut bien faire ceci : s'il a quelque homme du Métier qui n'est pas aussi parfait qu'il devrait l'être, il peut le changer aussitôt et prendre à sa place un homme plus parfait. Un tel homme, par négligence, pourrait apporter peu d'honneur au Métier.
Le neuvième article.
Le neuvième article montre fort bien que le maître doit être à la fois sage et fort ; qu'il n'entreprenne aucun ouvrage s'il ne peut à la fois l'achever et le faire ; que ce soit aussi au profit du seigneur et de son Métier, où qu'il aille ; et que le sol soit bien posé, de sorte qu'il ne cède ni ne se fende.
Le dixième article.
Le dixième article doit être connu dans le Métier, des grands et des petits : nul maître ne supplantera un autre, mais ils seront ensemble comme sœur et frère dans ce curieux Métier, tous et chacun, qui appartient à un maître maçon. Il ne supplantera pas non plus un autre homme qui a pris un ouvrage en main, sous peine d'une amende si forte qu'elle ne pèse pas moins de dix livres, à moins qu'il ne soit trouvé que celui qui a d'abord pris l'ouvrage en main est coupable. Car nul homme en maçonnerie ne supplantera un autre, à moins que l'ouvrage ne soit si mal fait qu'il tourne à rien ; alors un autre maçon peut demander cet ouvrage, pour le sauver au profit du seigneur. En pareil cas, s'il n'en va ainsi, nul maçon ne s'en mêlera. En vérité, celui qui commence la fondation, s'il est bon maçon et solide, a sûrement en tête de mener l'ouvrage à très bonne fin.
Le onzième article.
Le onzième article, je vous le dis : il est à la fois juste et libre, car il enseigne, de toute sa force, que nul maçon ne doit travailler de nuit, à moins que ce ne soit pour exercer son esprit, si par là je pouvais l'améliorer.
Le douzième article.
Le douzième article est de grand honneur pour tout maçon, où qu'il soit : il ne dépréciera pas l'ouvrage de son compagnon, s'il veut sauver son propre honneur. Il le louera en paroles honnêtes, par l'esprit que Dieu vous a envoyé, mais l'amendera de tout votre pouvoir, entre vous deux, sans refus.
Le treizième article.
Le treizième article, que Dieu me garde, est que si le maître a un apprenti, il l'instruise à fond et lui donne des points mesurés, afin qu'il connaisse bien le Métier, où qu'il aille sous le soleil.
Le quatorzième article.
Le quatorzième article, par bonne raison, montre au maître comment il doit agir : il ne prendra aucun apprenti s'il n'a divers ouvrages à faire, afin que l'apprenti puisse, durant son terme, apprendre de lui divers points.
Le quinzième article.
Le quinzième article met fin, car il est un ami du maître : il enseignera à l'apprenti que pour aucun homme il ne doit prendre une fausse protection, ni soutenir ses compagnons dans leur péché pour aucun gain qu'il pût obtenir, ni souffrir qu'ils prêtent un faux serment, par crainte pour leurs âmes, de peur que cela ne tourne le Métier à la honte et lui-même à grand blâme.
D'autres constitutions.
À cette assemblée furent ordonnés d'autres points par de grands seigneurs et aussi des maîtres : que quiconque voudra connaître ce Métier et parvenir à l'état doit bien aimer Dieu, et toujours la Sainte Église, et aussi son maître, avec qui il est, où qu'il aille, aux champs ou dans les bois. Et aimez aussi vos compagnons, car c'est ce que votre Métier exige de vous.
Le deuxième point.
Le deuxième point, comme je vous le dis, est que le maçon travaille le jour ouvrable aussi loyalement qu'il peut ou le pourra, pour mériter son salaire du jour de fête, et besogne loyalement à sa tâche, afin de mériter d'avoir sa récompense.
Le troisième point.
Le troisième point doit être observé séparément : que l'apprenti le sache bien. Il gardera et taira le conseil de son maître, et aussi celui de ses compagnons, avec bon dessein. Il ne dira à nul homme les secrets de la chambre, ni rien de ce qu'ils font dans la loge. Quoi que vous les entendiez ou voyiez faire, ne le dites à nul homme, où que vous alliez. Le conseil des halles et aussi des chambres, gardez-le bien, à grand honneur, de peur qu'il ne vous attire le blâme et ne mette le Métier en grande honte.
Le quatrième point.
Le quatrième point nous enseigne aussi que nul homme ne soit faux envers son Métier. Il ne soutiendra aucune erreur contre le Métier, mais la laissera, et ne fera aucun tort à son maître ni à ses compagnons. Et bien que l'apprenti soit sous crainte, il voudrait pourtant avoir la même loi.
Le cinquième point.
Le cinquième point est, sans refus, que lorsque le maçon prend sa paie du maître, telle qu'elle a été ordonnée pour lui, elle doit être prise très humblement. Pourtant le maître, par bonne raison, doit les avertir légalement avant midi, s'il ne veut plus les employer, comme il le faisait auparavant. Nul ne peut lutter contre cet ordre, s'il pense prospérer.
Le sixième point.
Le sixième point est fort aisé à connaître, pour les grands comme pour les petits : pareil cas pourrait arriver parmi les maçons, à quelques-uns ou à tous, que par envie ou par haine mortelle naisse souvent grande dispute. Alors le maçon doit, s'il le peut, les convoquer tous deux à un jour ; mais ils ne feront pas encore un jour d'amour avant que le jour ouvrable ne soit tout à fait passé. Le jour de fête vous trouverez bien assez de loisir pour faire un jour d'amour, de peur que la querelle ne gêne leur ouvrage le jour ouvrable. Qu'ils soient amenés à une telle fin qu'ils se tiennent bien dans la loi de Dieu.
Le septième point.
Le septième point, il peut bien l'entendre, de la longue vie que Dieu nous prête, comme il le décrit clairement : vous ne coucherez pas avec la femme de votre maître, ni avec celle de votre compagnon, en aucune manière, de peur que le Métier ne vous méprise ; ni avec la concubine de votre compagnon, pas plus que vous ne voudriez qu'il le fît avec la vôtre. Que la peine soit certaine : il servira de nouveau sept ans comme apprenti. S'il offense en l'un de ces points, il doit être châtié en conséquence. Grand chagrin pourrait naître d'un si vil péché mortel.
Le huitième point.
Le huitième point, vous pouvez en être sûr : si vous avez pris quelque charge, soyez loyal envers votre maître, et vous ne vous repentirez jamais de ce point. Il faut que vous soyez un vrai médiateur entre votre maître et vos compagnons. Faites loyalement tout ce que vous pouvez aux deux parties, et c'est le bon droit.
Le neuvième point.
Le neuvième point, nous l'appellerons ainsi : qu'il soit intendant de notre salle. Si vous êtes ensemble dans une chambre, que chacun serve l'autre d'un visage doux. Aimables compagnons, vous devez savoir que vous serez tous intendants à tour de rôle, semaine après semaine sans faute, tous, vous servant les uns les autres avec amour comme si vous étiez sœur et frère. Nul ne s'affranchira aux dépens d'un autre pour aucun avantage ; mais chaque homme sera également libre dans cette dépense, ainsi doit-il en être.
Veillez à toujours bien payer chaque homme pour les vivres que vous avez achetés, afin qu'aucune réclamation ne vous soit faite, ni à vos compagnons, en aucune manière, qu'elle vienne d'homme ou de femme. Payez-les bien et loyalement, car c'est ce que nous voulons. Prenez de votre compagnon un vrai témoignage du bon paiement que vous faites, de peur que cela ne fasse honte à votre compagnon et ne vous attire à vous-même grand blâme. L'intendant doit aussi rendre bon compte des biens qu'il a pris, des biens de vos compagnons que vous avez dépensés, où, et comment, et à quelle fin. Vous devez venir à de tels comptes quand vos compagnons le voudront.
Le dixième point.
Le dixième point expose une bonne vie, pour vivre sans souci ni querelle. Car si le maçon vit mal et est faux dans son ouvrage, et par une telle fausse excuse calomnie ses compagnons sans raison, par la fausse calomnie d'un tel rapport il peut faire blâmer tout le Métier. S'il fait au Métier une telle vilenie, ne lui montrez aucune faveur, assurément, et ne le soutenez pas dans une vie mauvaise, de peur que cela ne tourne en souci et en querelle. Pourtant vous ne tarderez pas avec lui, mais vous le contraindrez à comparaître où vous voudrez, là où vous voudrez, haut ou bas. Vous le convoquerez à la prochaine assemblée, pour comparaître devant tous ses compagnons, et s'il ne veut pas comparaître devant eux, il devra abjurer le Métier. Il sera alors châtié selon la loi qui fut fondée aux jours anciens.
Le onzième point.
Le onzième point est de bonne discrétion, comme vous pouvez le savoir par bonne raison. Un maçon, s'il connaît bien ce Métier, qui voit son compagnon tailler une pierre et sur le point de la gâter, doit l'amender bientôt, s'il le peut, et lui apprendre comment l'amender, afin que l'ouvrage du seigneur ne soit pas ruiné. Enseignez-lui doucement à l'amender, avec de belles paroles que Dieu vous a prêtées. Pour l'amour de Celui qui est au-dessus, nourrissez l'amour par de douces paroles.
Le douzième point.
Le douzième point est de grande royauté : là où l'assemblée doit se tenir, il y aura des maîtres et aussi des compagnons, et beaucoup d'autres grands seigneurs. Il y aura le shérif de ce comté et aussi le maire de cette ville, des chevaliers et des écuyers y seront, et d'autres échevins, comme vous le verrez. Quelque ordonnance qu'ils y fassent, ils la maintiendront ensemble contre cet homme, quel qu'il soit, qui appartient au Métier, loyal et libre. S'il fait quelque querelle contre eux, il sera pris sous leur garde.
Le treizième point.
Le treizième point nous est fort cher : il jurera de n'être jamais voleur, ni de secourir un voleur dans son faux métier, pour aucun bien qu'il ait pris, si vous pouvez le savoir ou le voir, ni pour ses biens ni pour sa parenté.
Le quatorzième point.
Le quatorzième point est une très bonne loi pour celui qui voudrait être sous crainte : il doit y prêter un bon et vrai serment à son maître et à ses compagnons qui sont là. Il doit être ferme et loyal envers toute cette ordonnance, où qu'il aille, et envers son seigneur lige le roi, pour lui être fidèle par-dessus toutes choses. Et à tous ces points qui précèdent vous devez nécessairement être assermentés, et tous les maçons, de gré ou de force, prêteront le même serment à tous ces points, qui ont été ordonnés par un très bon enseignement. Et chaque homme s'enquerra, pour sa part, aussi bien qu'il le pourra, si quelque homme peut être trouvé coupable de l'un de ces points en particulier ; et quel qu'il soit, qu'on le cherche et qu'on l'amène à l'assemblée.
Le quinzième point.
Le quinzième point est d'un très bon enseignement pour ceux qui seront là assermentés. Une telle ordonnance fut établie à l'assemblée par les grands seigneurs et maîtres susdits, pour ceux qui sont désobéissants à l'ordonnance qui existe, de ces articles qui furent proposés là par de grands seigneurs et maçons tous ensemble. Et s'ils sont ouvertement convaincus devant cette assemblée, l'un après l'autre, et ne veulent faire aucune réparation de leur faute, alors ils doivent nécessairement abandonner le Métier ; ils renonceront au métier de maçon et jureront de ne plus jamais l'exercer.
Mais s'ils veulent faire réparation, ils ne seront plus jamais repris dans le Métier. Et s'ils ne veulent pas le faire, le shérif viendra bientôt à eux et mettra leurs corps en profonde prison pour le méfait qu'ils ont commis, et prendra leurs biens et leur bétail dans la main du roi, jusqu'au dernier, et les laissera là très tranquilles jusqu'à ce que ce soit la volonté de notre roi lige.
Une autre ordonnance de l'art de la géométrie.
Ils ordonnèrent qu'une assemblée se tînt chaque année, où ils voudraient, pour corriger les fautes, s'il s'en trouvait parmi le Métier dans le pays. Elle devait se tenir chaque année ou tous les trois ans, en tel lieu qu'ils voudraient. Le temps et le lieu doivent aussi être ordonnés, en quel lieu ils s'assembleraient. Tous les hommes du Métier doivent y être, et d'autres grands seigneurs, comme vous pouvez le voir, pour réparer les fautes dont on parle là, si quelqu'un a enfreint les règles.
Tous ceux qui appartiennent à la science de ce Métier seront assermentés là pour garder ces statuts, tous sans exception, qui furent ordonnés par le roi Athelstan. Le roi dit : « Ces statuts que j'ai trouvés ici, je veux qu'ils soient gardés dans tout mon royaume, pour l'honneur de ma royauté, que j'ai par ma dignité. » Aussi, à chaque assemblée que vous tiendrez, vous viendrez à votre roi lige, hardiment, le suppliant de sa haute grâce de se tenir avec vous en tout lieu, pour confirmer les statuts du roi Athelstan, qu'il ordonna pour ce Métier par bonne raison.
L'art des quatre martyrs couronnés.
Prions maintenant Dieu tout-puissant, et sa mère Marie la lumineuse, que nous puissions garder ces articles ici, et ces points, bien tous ensemble, comme le firent ces quatre saints martyrs qui furent de grand honneur dans ce Métier. Ils étaient d'aussi bons maçons qu'il y en eut jamais sur la terre ; ils étaient aussi graveurs et faiseurs d'images. Car ils étaient des ouvriers des meilleurs, et l'empereur avait grand désir d'eux. Il voulut qu'ils fissent une image qui pût être adorée pour son amour ; de telles idoles il en avait en son temps, pour détourner le peuple de la loi du Christ.
Mais ils furent fermes dans la loi du Christ, et dans leur Métier, sans refus. Ils aimaient bien Dieu et tout son enseignement, et furent toujours à son service. Ils étaient des hommes loyaux en ce temps-là et vivaient bien dans la loi de Dieu. Ils ne voulurent pas songer à faire des idoles, pour aucun gain qu'ils pussent prendre, afin de croire en ces idoles comme en leur Dieu ; ils ne le firent pas, fût-il fou. Car ils ne voulaient pas abandonner leur vraie foi et croire en sa fausse loi. L'empereur les fit saisir aussitôt et jeter en profonde prison. Plus il les punissait durement en ce lieu, plus ils avaient de joie de la grâce du Christ.
Puis, quand il ne vit plus d'autre moyen, il les envoya à la mort. Quiconque désire en savoir davantage sur leur vie le trouvera dans le livre, dans la légende des saints, sous le nom des Quatre Couronnés. Leur fête, sans refus, sera le huitième jour après la Toussaint.
Vous pouvez l'entendre, comme je le lis, que bien des années après, par grande crainte que le déluge de Noé n'eût tout couru, la Tour de Babylone fut commencée, ouvrage aussi manifeste de chaux et de pierre que nul homme n'en dût regarder. Elle fut commencée si longue et si large que sa hauteur, sept milles, faisait ombre au soleil. Le roi Nabuchodonosor la fit faire, avec grande solidité, pour le bien des hommes, afin que si un tel déluge revenait, il ne passât pas par-dessus l'ouvrage. Mais parce qu'ils avaient un si grand orgueil, avec de fortes vantardises, tout cet ouvrage fut perdu. Un ange les frappa de langages divers, de sorte que jamais aucun ne sut ce que l'autre devait dire.
Bien des années après, le bon savant Euclide enseigna très largement le métier de la géométrie, comme il le fit en ce temps-là de beaucoup d'autres métiers encore. Par la haute grâce du Christ au ciel, il commença par les sept sciences. La grammaire est la première science, en vérité ; la dialectique la deuxième, que j'aie ainsi la béatitude ; la rhétorique la troisième, sans conteste ; la musique est la quatrième, comme je vous le dis ; l'astronomie la cinquième, par mon museau ; l'arithmétique la sixième, sans doute ; la géométrie, la septième, met fin, car elle est à la fois humble et courtoise. La grammaire, en vérité, est la racine, pour quiconque voudra apprendre dans le livre ;
mais l'art la surpasse en son degré, comme le fruit surpasse la racine de l'arbre. La rhétorique mesure par un langage orné, et la musique est un doux chant ; l'astronomie compte, mon cher frère ; l'arithmétique montre qu'une chose est une autre ; la géométrie est la septième science, qui sait séparer le faux du vrai en vérité. Telles sont les sept sciences ; quiconque en use bien peut avoir le ciel.
Maintenant, chers enfants, par votre esprit, laissez l'orgueil et la convoitise, et prenez garde à la bonne discrétion et aux bonnes manières, où que vous alliez. Maintenant je vous prie de bien y prendre garde, car cela vous devez nécessairement le savoir, mais vous devez en savoir bien plus que vous n'en trouvez écrit ici. Si l'esprit vous manque en cela, priez Dieu de vous l'envoyer. Car le Christ lui-même nous enseigne que la Sainte Église est la maison de Dieu, faite pour rien d'autre que pour y prier, comme nous le dit le livre ; là le peuple doit se rassembler pour prier et pleurer son péché.
Veillez à ne pas venir tard à l'église, pour dire des grossièretés près de la porte. Quand vous allez à l'église, ayez toujours à l'esprit d'adorer le Seigneur votre Dieu de jour et de nuit, de tout votre esprit et aussi de toute votre force. Quand vous arrivez à la porte de l'église, prenez de cette eau bénite qui s'y trouve, car chaque goutte que vous y sentez éteint un péché véniel, soyez-en sûr. Mais d'abord vous devez ôter votre capuchon, par amour pour celui qui mourut sur la croix.
Quand vous entrez dans l'église, élevez aussitôt votre cœur vers le Christ. Levez alors les yeux vers la croix, et agenouillez-vous bellement sur vos deux genoux. Puis priez-le d'agir ici selon la loi de la Sainte Église, de garder les dix commandements que Dieu donna à tous les hommes ; et priez-le d'une voix douce de vous garder des sept péchés, afin qu'ici, dans votre vie, vous puissiez bien vous garder du souci et de la querelle. De plus, qu'il vous accorde la grâce d'avoir une place dans la béatitude du ciel.
Dans la sainte église, laissez les paroles oiseuses, les propos grossiers et les plaisanteries immondes, et mettez de côté toute vanité, et dites votre Pater Noster et votre Ave. Veillez aussi à ne faire aucun bruit, mais soyez toujours à votre prière. Si vous ne voulez pas prier vous-même, n'empêchez en rien un autre homme. En ce lieu ne vous asseyez ni ne vous tenez debout, mais agenouillez-vous bellement à terre. Quand l'Évangile est lu, levez-vous bellement du mur, et signez-vous bellement, si vous savez comment, quand Gloria tibi est commencé. Quand l'Évangile est achevé, vous pouvez vous agenouiller de nouveau ; tombez sur vos deux genoux par amour pour celui qui nous a tous rachetés.
Quand vous entendez sonner la cloche pour ce saint sacrement, vous devez vous agenouiller, jeunes et vieux, et lever bellement vos deux mains, et dire alors de cette manière, bellement et doucement, sans bruit : « Seigneur Jésus, soyez le bienvenu, sous la forme du pain, comme je vous vois. Maintenant, Jésus, pour votre saint nom, protégez-moi du péché et de la honte ; accordez-moi la confession et le viatique avant que je ne parte d'ici, et une vraie contrition de mon péché, afin que je n'y meure jamais, Seigneur ; et comme vous êtes né d'une vierge, ne souffrez jamais que je sois perdu ; mais quand je partirai d'ici, accordez-moi la béatitude sans fin. Amen ! Amen ! Ainsi soit-il ! Maintenant, douce dame, priez pour moi. » Ainsi vous pouvez dire, ou quelque autre chose, quand vous vous agenouillez devant le sacrement.
Par convoitise de biens, n'épargnez rien pour adorer celui qui a tout fait ; car un homme peut être heureux ce jour-là qui, une fois dans le jour, peut le voir. Cela vaut tant, sans conteste, que nul homme ne peut en dire la vertu ; mais cette vue fait tant de bien, comme saint Augustin le dit fort justement, que le jour où vous voyez le corps de Dieu vous aurez ces choses, très sûrement : nourriture et boisson selon votre besoin, nul ce jour-là ne vous manquera ; serments oiseux et paroles oiseuses, Dieu vous les pardonne aussi ; mort subite ce même jour, vous n'avez pas à la craindre en aucune manière ; aussi ce jour-là, je vous le garantis, vous ne perdrez pas la vue ; et chaque pas que vous faites alors pour voir cette sainte vue vous sera compté pour vous servir quand vous en aurez grand besoin ; ce messager, l'ange Gabriel, vous les gardera très bien.
De cette matière je puis maintenant passer, pour dire d'autres récompenses de la messe : venez à l'église tranquillement, si vous le pouvez, et entendez votre messe chaque jour. Si vous ne pouvez venir à l'église, où que vous soyez au travail, quand vous entendez sonner la cloche de la messe, priez Dieu d'un cœur paisible de vous donner part à ce service qu'ils accomplissent dans l'église.
De plus, je veux vous prêcher, pour que vous l'enseigniez à vos compagnons : quand vous venez devant un seigneur, dans la salle, dans la chambre ou à la table, ôtez votre capuchon ou votre bonnet avant de venir à lui. Deux ou trois fois, sans doute, vous devez vous incliner devant ce seigneur ; que ce soit fait du genou droit, et ainsi vous sauvez votre propre honneur. Tenez votre bonnet et votre capuchon ôtés jusqu'à ce que vous ayez permission de les remettre. Tout le temps que vous parlez avec lui, portez votre menton bellement et aimablement levé ; ainsi, selon le livre de civilité, regardez-le aimablement au visage. Gardez votre pied et votre main bien tranquilles, sans vous gratter ni trébucher, comme il est raisonnable ; gardez-vous aussi de cracher et de renifler, et laissez cela aller en un lieu retiré. Et si vous êtes sage et fort, vous avez grand besoin de bien vous gouverner.
Quand vous entrez dans la salle, parmi les gens de qualité, bons et courtois, ne présumez pas trop haut pour quoi que ce soit, à cause de votre haut sang ou de votre habileté, ni pour vous asseoir ni pour vous appuyer : c'est une bonne et nette civilité. Ne laissez pas votre contenance en fléchir pour cela ; en vérité, la bonne civilité sauvera votre état. Quels que soient votre père et votre mère, bien en prend à l'enfant qui sait prospérer, dans la salle ou dans la chambre, où que vous alliez ; les bonnes manières font l'homme. Regardez sagement au degré suivant, pour leur faire révérence à leur tour ; ne leur faites pas révérence tous à la file, à moins que vous ne les connaissiez.
Quand vous êtes assis au repas, mangez bellement et honnêtement. Veillez d'abord à ce que vos mains soient propres et que votre couteau soit aiguisé et tranchant, et coupez votre pain à votre repas tel qu'il peut y être mangé. Si vous êtes assis près d'un homme plus digne que vous, laissez-le toucher d'abord la viande avant que vous ne tendiez la main vers elle. Vous ne devez pas vous jeter sur le plus beau morceau, quoiqu'il vous plaise fort. Gardez vos mains bellement et bien de souiller salement votre serviette ; vous ne vous y moucherez pas, ni ne vous curerez la dent au repas. Ne vous enfoncez pas trop profond dans la coupe, bien que vous ayez bonne envie de boire, de peur que vos yeux n'en pleurent, car ce ne serait pas courtoisie. Veillez à ce qu'il n'y ait pas de viande dans votre bouche quand vous commencez à boire ou à parler. Quand vous voyez quelque homme boire qui écoute votre propos, arrêtez aussitôt votre récit, qu'il boive du vin ou de la bière.
Veillez aussi à ne mépriser aucun homme, quel que soit le degré où vous le voyez aller ; vous ne déprécierez non plus aucun homme, si vous voulez sauver votre honneur. Car une telle parole pourrait éclater qui vous ferait vivre en mauvais repos. Fermez votre main en poing et gardez-vous bien du « si j'avais su ». Dans la chambre parmi les dames brillantes, tenez votre langue et usez de votre vue. Ne riez pas à grand cri, ni ne faites de folies avec grossièreté. Ne jouez qu'avec vos pairs, et ne dites pas tout ce que vous entendez. Ne révélez pas votre propre action, pour aucune gaieté ni aucune récompense ; par de belles paroles vous pouvez avoir votre volonté, et par elles vous pouvez aussi vous perdre. Quand vous rencontrez un homme digne, ne gardez pas votre bonnet et votre capuchon ; à l'église, au marché ou à la porte, faites-lui révérence selon son état.
Si vous allez avec un homme plus digne que vous, que votre épaule de devant suive son dos, car c'est civilité sans faute. Quand il parle, tenez-vous tranquille ; quand il a fini, dites ce que vous voudrez. Soyez prudent dans votre langage, et considérez bien ce que vous dites ; mais ne lui dérobez pas son récit, que ce soit au vin ou à la bière. Que le Christ alors, de sa haute grâce, vous donne à la fois l'esprit et le loisir de bien connaître et lire ce livre, et d'avoir le ciel pour récompense. Amen ! Amen ! Ainsi soit-il ! Disons tous ainsi, par charité.

