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Le Poème Regius

vers 1390

Le plus ancien document connu de l’Ordre : un poème de 794 vers en moyen anglais qui expose l’histoire légendaire de la maçonnerie, ainsi que les quinze articles et les quinze points qui liaient le maître et les compagnons. Le manuscrit a appartenu à l’ancienne Bibliothèque royale d’Angleterre et se trouve aujourd’hui à la British Library (Royal MS 17 A I).

Texte en moyen anglais tel que l’a imprimé H. J. Whymper en 1889, d’après la première édition de J. O. Halliwell de 1840.

À propos de ce texte

Le Poème Regius, appelé aussi Manuscrit Halliwell, est le plus ancien document connu de la Franc-Maçonnerie. L’antiquaire anglais James Orchard Halliwell l’a repéré dans le fonds de l’ancienne Bibliothèque royale du British Museum et l’a publié en 1840. C’est un poème en distiques rimés, écrit en moyen anglais. Il raconte comment la géométrie, qu’il identifie à la maçonnerie, fut enseignée par Euclide en Égypte et apportée en Angleterre sous le roi Athelstan ; il énonce les quinze articles pour le maître et les quinze points pour les compagnons qu’une assemblée de seigneurs et de maçons aurait rédigés ; il rappelle les Quatre Couronnés, les sept arts libéraux et la tour de Babel ; et il s’achève sur des conseils de conduite à l’église et à table.

La construction de la tour de Babel
La construction de la tour de Babel, d’après le Speculum humanae salvationis, vers 1360 · Domaine public

La traduction française est celle de la Grande Loge du Kazakhstan, faite d’après le texte en anglais moderne.

L’original en moyen anglais

Traduction française

Hic incipiunt constituciones artis gemetriae secundum Eucyldem.

Ici commencent les constitutions de l'art de la géométrie selon Euclide.

Whose wol bothe wel rede and loke, He may fynde wryte yn olde boke Of grete lordys and eke ladyysse, That hade mony chyldryn y-fere, y-wisse; And hade no rentys to fynde hem wyth, Nowther yn towne, ny felde, ny fryth: A cownsel togeder they cowthe hem take; To ordeyne for these chyldryn sake, How they my[g]th best lede here lyfe Withoute gret desese, care and stryfe; And most for the multytude that was comynge Of here chyldryn after here [g]yndynge.

Quiconque lira et regardera bien pourra trouver écrit dans un vieux livre que de grands seigneurs, et aussi des dames, avaient ensemble beaucoup d'enfants et, en vérité, n'avaient pas de revenus pour y pourvoir, ni en ville, ni aux champs, ni dans les bois. Ils tinrent conseil pour décider, à cause de ces enfants, comment ils pourraient le mieux mener leur vie sans grande détresse, souci ni querelle, et surtout à cause de la multitude d'enfants qui grandissaient après leur naissance.

(They) sende thenne after grete clerkys, To techyn hem thenne gode werkys; And pray we hem, for our Lordys sake, To oure chyldryn sum werke to make, That they my[g]th gete here lyvynge therby, Bothe wel and onestlyche, ful sycurly.

Alors ils firent venir de grands savants pour enseigner à leurs enfants les bonnes œuvres, et les prièrent, pour l'amour de Notre Seigneur, de faire quelque ouvrage pour leurs enfants, afin qu'ils pussent y gagner leur vie, bien et honnêtement, en pleine sécurité.

Yn that tyme, thro[g]gh good gemetry, Thys onest craft of good masonry Wes ordeynt and made yn thys manere, Y-cownterfetyd of thys clerkys y-fere; At these lordys prayers they cownterfetyd gemetry, And [g]af hyt the name of masonry, For the moste oneste craft of alle. These lordys chyldryn therto dede falle, To lurne of hym the craft of gemetry, The wheche he made ful curysly; Thro[g]gh fadrys prayers and modrys also, Thys onest craft he putte hem to.

En ce temps-là, par la bonne géométrie, ce noble Métier de la bonne maçonnerie fut ordonné et établi de cette manière, façonné ensemble par ces savants. À la prière de ces seigneurs, ils façonnèrent la géométrie et lui donnèrent le nom de maçonnerie, car c'est le plus honnête de tous les métiers. Les enfants de ces seigneurs l'embrassèrent, pour apprendre de lui le métier de la géométrie, qu'il avait établi avec grande habileté. Par les prières des pères et aussi des mères, il les mit à ce noble métier.

He that lerned best, and were of onesté, And passud hys felows yn curysté; [G]ef yn that craft he dede hym passe, He schulde have more worschepe then the lasse. Thys grete clerkys name was clept Euclyde, Hys name hyt spradde ful wondur wyde. Get thys grete clerke more ordeynt he To hym that was herre yn thys degré, That he schulde teche the synplyst of (wytte) Yn that onest craft to be parfytte; And so uchon schulle techyn othur, And love togeder as syster and brothur.

Celui qui apprenait le mieux, qui était honnête et surpassait ses compagnons en savoir-faire, s'il les surpassait dans ce métier, devait avoir plus d'honneur que le moindre. Le nom de ce grand savant était Euclide, et son nom se répandit très loin et très largement. Ce grand savant ordonna encore que celui qui était le plus élevé dans ce degré enseignât le plus simple d'esprit dans ce noble métier jusqu'à ce qu'il fût parfait, et qu'ainsi chacun enseignât l'autre et qu'ils s'aimassent l'un l'autre comme sœur et frère.

Forthermore [g]et that ordeynt he, Mayster y-called so schulde he be; So that he were most y-worschepede, Thenne sculde he be so y-clepede: But mason schulde never won other calle, Withynne the craft amongus hem alle, Ny soget, ny servand, my dere brother, Tha[g]ht he be not so perfyt as ys another; Uchon sculle calle other felows by cuthe, For cause they come of ladyes burthe. On thys maner, thro[g] good wytte of gemetry, Bygan furst the craft of masonry:

Il ordonna de plus que celui qui était le plus honoré fût appelé Maître, et que les maçons ne s'appelassent jamais entre eux, au sein du Métier, sujet ou serviteur, mon cher frère, même s'il n'était pas aussi parfait qu'un autre. Chacun appellera les autres Compagnon, par courtoisie, parce qu'ils sont de naissance noble. C'est de cette manière, par le bon esprit de la géométrie, que le Métier de la maçonnerie commença : le savant Euclide le trouva ainsi, ce métier de la géométrie, au pays d'Égypte.

The clerk Euclyde on thys wyse hyt fonde, Thys craft of gemetry yn Egypte londe. Yn Egypte he taw[g]hte hyt ful wyde, Yn dyvers londe on every syde; Mony erys afterwarde, y understonde, [G]er that the craft com ynto thys londe, Thys craft com ynto Englond, as y [g]ow say, Yn tyme of good kynge Adelstonus day; He made tho bothe halle and eke bowre, And hye templus of gret honowre, To sportyn hym yn bothe day and ny[g]th, An to worschepe hys God with alle hys my[g]th.

En Égypte il l'enseigna au loin et largement, et en de nombreux pays de tous côtés. Bien des années plus tard, je l'entends ainsi, avant que le Métier fût venu dans ce pays, il vint en Angleterre, comme je vous le dis, au temps du bon roi Athelstan. Celui-ci fit alors bâtir des halles et des chambres, et de hauts temples de grand honneur, pour se divertir de jour et de nuit, et pour adorer son Dieu de toute sa force.

Thys goode lorde loved thys craft ful wel, And purposud to strenthyn hyt every del, For dyvers defawtys that yn the craft he fonde; He sende about ynto the londe After alle the masonus of the crafte, To come to hym ful evene stra[g]fte, For to amende these defautys alle By good consel, [g]ef hyt myt[g]th falle.

Ce bon seigneur aimait fort ce Métier et résolut de le fortifier en toutes ses parties, à cause des diverses fautes qu'il trouvait dans le Métier. Il envoya dans tout le pays que tous les maçons du Métier vinssent à lui sans tarder, pour corriger toutes ces fautes par un bon conseil, si cela se pouvait faire.

A semblé thenne he cowthe let make Of dyvers lordis, yn here state, Dukys, erlys, and barnes also, Kyn[g]thys, sqwyers, and mony mo, And the grete burges of that syté, They were ther alle yn here degré; These were ther uchon algate, To ordeyne for these masonus astate. Ther they sow[g]ton by here wytte, How they my[g]thyn governe hytte: Fyftene artyculus they ther sow[g]ton And fyftene poyntys they wro[g]ton.

Il fit alors tenir une assemblée de divers seigneurs, chacun selon son rang : ducs, comtes et barons, chevaliers, écuyers et bien d'autres, et les grands bourgeois de cette ville. Ils y étaient tous, chacun dans son degré, pour ordonner l'état de ces maçons. Ils y cherchèrent, par leur esprit, comment ils pourraient le gouverner, et ils établirent quinze articles et quinze points.

Hic incipit articulus primus. The furste artycul of thys gemetry:-- The mayster mason moste be ful securly Bothe stedefast, trusty, and trwe, Hyt schal hum never thenne arewe: And pay thy felows after the coste, As vytaylys goth thenne, wel thou woste; And pay them trwly, apon thy fay, What that they deserven may; And to her hure take no more, But what they mowe serve fore; And spare, nowther for love ny drede, Of nowther partys to take no mede; Of lord ny felow, whether he be, Of hem thou take no maner of fe; And as a jugge stonde upry[g]th, And thenne thou dost to bothe good ry[g]th; And trwly do thys whersever thou gost, Thy worschep, thy profyt, hyt shcal be most.

Ici commence le premier article.

Le premier article de cette géométrie : le maître maçon doit être ferme, fidèle et loyal ; il ne s'en repentira jamais. Payez vos compagnons selon le coût, comme vous savez bien ce que coûtent alors les vivres ; payez-les loyalement, sur votre foi, ce qu'ils peuvent mériter ; et ne prenez pas pour leur salaire plus qu'ils ne peuvent valoir. Ni par amour ni par crainte n'acceptez de pot-de-vin d'aucune des deux parties, du seigneur ou du compagnon, quel qu'il soit ; ne prenez d'eux aucun présent. Tenez-vous droit comme un juge, et alors vous faites droit aux deux. Faites cela loyalement partout où vous irez, et votre honneur et votre profit n'en seront que plus grands.

Articulus secundus. The secunde artycul of good masonry, As [g]e mowe hyt here hyr specyaly, That every mayster, that ys a mason, Most ben at the generale congregacyon, So that he hyt resonably y-tolde Where that the semblé schal be holde; And to that semblé he most nede gon, But he have a resenabul skwsacyon, Or but he be unbuxom to that craft, Or with falssehed ys over-raft, Or ellus sekenes hath hym so stronge, That he may not com hem amonge; That ys a skwsacyon, good and abulle, To that semblé withoute fabulle.

Le deuxième article.

Le deuxième article de la bonne maçonnerie, comme vous pouvez ici l'entendre en particulier : tout maître qui est maçon doit assister à la congrégation générale, pourvu qu'on lui ait dit raisonnablement où l'assemblée doit se tenir. Il doit aller à cette assemblée, à moins qu'il n'ait une excuse raisonnable, ou qu'il ne soit désobéissant au Métier, ou surpris dans le mensonge, ou que la maladie ne le tienne à tel point qu'il ne puisse venir parmi eux. C'est là une bonne et suffisante excuse pour manquer l'assemblée, sans un mot de fable.

Articulus tercius. The thrydde artycul for sothe hyt ysse, That the mayster take to no prentysse, but he have good seuerans to dwelle Seven [g]er with hym, as y [g]ow telle, Hys craft to lurne, that ys profytable; Withynne lasse he may not be able To lordys profyt, ny to his owne, As [g]e mowe knowe by good resowne.

Le troisième article.

Le troisième article, en vérité, est que le maître ne prenne aucun apprenti sans avoir bonne garantie que l'apprenti restera avec lui sept ans, comme je vous le dis, pour apprendre son métier, qui est profitable. En moins de temps il ne peut être utile ni au profit du seigneur ni au sien propre, comme vous pouvez le savoir par bonne raison.

Articulus quartus. The fowrhe artycul thys moste be That the mayster hym wel be-se, That he no bondemon prentys make, Ny for no covetyse do hym take; For the lord that he ys bonde to, May fache the prentes whersever he go. Gef yn the logge he were y-take, Muche desese hyt mygth ther make, And suche case hyt mygth befalle, That hyt mygth greve summe or alle. For alle the masonus tht ben there Wol stonde togedur hol y-fere Gef suche won yn that craft schulde swelle, Of dyvers desesys ge mygth telle: For more gese thenne, and of honeste, Take a prentes of herre degre. By olde tyme wryten y fynde That the prenes schulde be of gentyl kynde; And so symtyme grete lordys blod Toke thys gemetry, that ys ful good.

Le quatrième article.

Le quatrième article doit être celui-ci : que le maître veille bien à ne pas faire d'un serf son apprenti, ni à le prendre par convoitise, car le seigneur auquel il est lié peut aller chercher l'apprenti où qu'il aille. S'il était pris dans la loge, il en naîtrait beaucoup de trouble, et pareil cas pourrait arriver qu'il affligerait quelques-uns ou tous, car tous les maçons qui s'y trouvent se tiendront ensemble. Si un tel homme demeurait dans ce Métier, vous pourriez raconter bien des troubles. Pour plus d'aisance, donc, et pour l'honneur, prenez un apprenti de plus haut degré. Je trouve écrit depuis les temps anciens que l'apprenti doit être de noble nature, et c'est ainsi que parfois le sang de grands seigneurs s'est adonné à cette géométrie, ce qui est fort bon.

Articulus quintus. The fyfthe artycul ys swythe good, So that the prentes be of lawful blod; The mayster schal not, for no vantage, Make no prentes that ys outrage; Hyt ys to mene, as [g]e mowe here, That he have hys lymes hole alle y-fere; To the craft hyt were gret schame, To make an halt mon and a lame, For an unperfyt mon of suche blod Schulde do the craft but lytul good. Thus [g]e mowe knowe everychon, The craft wolde have a my[g]hty mon; A maymed mon he hath no my[g]ht, [G]e mowe hyt knowe long [g]er ny[g]ht.

Le cinquième article.

Le cinquième article est fort bon : que l'apprenti soit de sang légitime. Le maître ne doit pas, pour aucun avantage, prendre un apprenti difforme. C'est-à-dire, comme vous pouvez l'entendre, qu'il doit avoir tous ses membres entiers. Ce serait grande honte pour le Métier de faire d'un homme boiteux et infirme un maçon, car un homme imparfait de ce sang ferait peu de bien au Métier. Ainsi vous pouvez tous savoir que le Métier voudrait un homme vigoureux. Un homme mutilé n'a point de force ; vous pouvez le savoir bien avant la nuit.

Articulus sextus. The syxte artycul [g]e mowe not mysse, That the mayster do the lord no pregedysse, To take of the lord, for hyse prentyse, Also muche as hys felows don, yn alle vyse. For yn that craft they ben ful perfyt, So ys not he, [g]e mowe sen hyt. Also hyt were a[g]eynus good reson, To take hys, hure as hys felows don. Thys same artycul, yn thys casse, Juggythe the prentes to take lasse Thenne hys felows, that ben ful perfyt. Yn dyvers maters, conne qwyte hyt, The mayster may his prentes so enforme, That hys hure may crese ful [g]urne, And, ger hys terme come to an ende, Hys hure may ful wel amende.

Le sixième article.

Le sixième article, vous ne devez pas le manquer : que le maître ne fasse aucun tort au seigneur en prenant du seigneur, pour son apprenti, autant que ses compagnons en toutes choses. Car en ce métier ils sont pleinement parfaits, et lui ne l'est pas, comme vous pouvez le voir. Il serait aussi contre la bonne raison de prendre son salaire comme ses compagnons. Ce même article, en ce cas, juge que l'apprenti prenne moins que ses compagnons, qui sont pleinement parfaits. En diverses matières il peut le rendre : le maître peut si bien instruire son apprenti que son salaire croisse vite, et avant que son terme n'arrive à sa fin, son salaire peut être fort amélioré.

Articulus septimus. The seventhe artycul that ys now here, Ful wel wol telle gow, alle y-fere, That no mayster, for favour ny drede, Schal no thef nowther clothe ny fede. Theves he schal herberon never won, Ny hym that hath y-quellude a mon, Wy thylike that hath a febul name, Lest hyt wolde turne the craft to schame.

Le septième article.

Le septième article, qui est maintenant ici, vous dira tout ensemble : nul maître ne doit, par faveur ou par crainte, vêtir ni nourrir aucun voleur. Il ne doit jamais héberger de voleurs, ni un homme qui a tué un homme, ni quiconque a mauvais renom, de peur que cela ne tourne le Métier à la honte.

Articulus octavus. The eghte artycul schewt [g]ow so, That the mayster may hyt wel do, [G]ef that he have any mon of crafte, And be not also perfyt as he au[g]te, He may hym change sone anon, And take for hym a perfytur mon. Suche a mon, thro[g]e rechelaschepe, My[g]th do the craft schert worschepe.

Le huitième article.

Le huitième article vous montre que le maître peut bien faire ceci : s'il a quelque homme du Métier qui n'est pas aussi parfait qu'il devrait l'être, il peut le changer aussitôt et prendre à sa place un homme plus parfait. Un tel homme, par négligence, pourrait apporter peu d'honneur au Métier.

Articulus nonus. The nynthe artycul schewet ful welle, That the mayster be both wyse and felle; That no werke he undurtake, But he conne bothe hyt ende and make; And that hyt be to the lordes profyt also, And to hys craft, whersever he go; And that the grond be wel y-take, That hyt nowther fle ny grake.

Le neuvième article.

Le neuvième article montre fort bien que le maître doit être à la fois sage et fort ; qu'il n'entreprenne aucun ouvrage s'il ne peut à la fois l'achever et le faire ; que ce soit aussi au profit du seigneur et de son Métier, où qu'il aille ; et que le sol soit bien posé, de sorte qu'il ne cède ni ne se fende.

Articulus decimus. The then the artycul ys for to knowe, Amonge the craft, to hye and lowe, There schal no mayster supplante other, But be togeder as systur and brother, Yn thys curyus craft, alle and som, That longuth to a maystur mason. Ny he schal not supplante non other mon, That hath y-take a werke hym uppon, Yn peyne therof that ys so stronge, That peyseth no lasse thenne ten ponge, But [g]ef that he be gulty y-fonde, That toke furst the werke on honde; For no mon yn masonry Schal no supplante othur securly, But [g]ef that hyt be so y-wro[g]th, That hyt turne the werke to nogth; Thenne may a mason that werk crave, To the lordes profyt hyt for to save; Yn suche a case but hyt do falle, Ther schal no mason medul withalle. Forsothe he that begynnyth the gronde, And he be a mason goode and sonde, For hath hyt sycurly yn hys mynde To brynge the werke to ful good ende.

Le dixième article.

Le dixième article doit être connu dans le Métier, des grands et des petits : nul maître ne supplantera un autre, mais ils seront ensemble comme sœur et frère dans ce curieux Métier, tous et chacun, qui appartient à un maître maçon. Il ne supplantera pas non plus un autre homme qui a pris un ouvrage en main, sous peine d'une amende si forte qu'elle ne pèse pas moins de dix livres, à moins qu'il ne soit trouvé que celui qui a d'abord pris l'ouvrage en main est coupable. Car nul homme en maçonnerie ne supplantera un autre, à moins que l'ouvrage ne soit si mal fait qu'il tourne à rien ; alors un autre maçon peut demander cet ouvrage, pour le sauver au profit du seigneur. En pareil cas, s'il n'en va ainsi, nul maçon ne s'en mêlera. En vérité, celui qui commence la fondation, s'il est bon maçon et solide, a sûrement en tête de mener l'ouvrage à très bonne fin.

Articulus undecimus. The eleventhe artycul y telle the, That he ys bothe fayr and fre; For he techyt, by hys my[g]th, That no mason schulde worche be ny[g]th, But [g]ef hyt be yn practesynge of wytte, [G]ef that y cowthe amende hytte.

Le onzième article.

Le onzième article, je vous le dis : il est à la fois juste et libre, car il enseigne, de toute sa force, que nul maçon ne doit travailler de nuit, à moins que ce ne soit pour exercer son esprit, si par là je pouvais l'améliorer.

Articulus duodecimus. The twelfthe artycul ys of hye honesté To [g]every mason, whersever he be; He schal not hys felows werk deprave, [G]ef that he wol hys honesté save; With honest wordes he hyt comende, By the wytte that God the dede sende; Buy hyt amende by al that thou may, Bytwynne [g]ow bothe withoute nay.

Le douzième article.

Le douzième article est de grand honneur pour tout maçon, où qu'il soit : il ne dépréciera pas l'ouvrage de son compagnon, s'il veut sauver son propre honneur. Il le louera en paroles honnêtes, par l'esprit que Dieu vous a envoyé, mais l'amendera de tout votre pouvoir, entre vous deux, sans refus.

Articulus xiijus. The threttene artycul, so God me save, Ys,[g]ef that the mayster a prentes have, Enterlyche thenne that he hym teche, And meserable poyntes that he hym reche, That he the craft abelyche may conne, Whersever he go undur the sonne.

Le treizième article.

Le treizième article, que Dieu me garde, est que si le maître a un apprenti, il l'instruise à fond et lui donne des points mesurés, afin qu'il connaisse bien le Métier, où qu'il aille sous le soleil.

Articulus xiiijus. The fowrtene artycul, by good reson, Scheweth the mayster how he schal don; He schal no prentes to hym take, Byt dyvers crys he have to make, That he may, withynne hys terme, Of hym dyvers poyntes may lurne.

Le quatorzième article.

Le quatorzième article, par bonne raison, montre au maître comment il doit agir : il ne prendra aucun apprenti s'il n'a divers ouvrages à faire, afin que l'apprenti puisse, durant son terme, apprendre de lui divers points.

Articulus quindecimus. The fyftene artycul maketh an ende, For to the mayster he ys a frende; To lere hym so, that for no mon, No fals mantenans he take hym apon, Ny maynteine hys felows yn here synne, For no good that he my[g]th wynne; Ny no fals sware sofre hem to make, For drede of here sowles sake; Lest hyt wolde turne the craft to schame, And hymself to mechul blame.

Le quinzième article.

Le quinzième article met fin, car il est un ami du maître : il enseignera à l'apprenti que pour aucun homme il ne doit prendre une fausse protection, ni soutenir ses compagnons dans leur péché pour aucun gain qu'il pût obtenir, ni souffrir qu'ils prêtent un faux serment, par crainte pour leurs âmes, de peur que cela ne tourne le Métier à la honte et lui-même à grand blâme.

Plures Constituciones. At thys semblé were poyntes y-ordeynt mo, Of grete lordys and maystrys also, That whose wol conne thys craft and com to astate, He most love wel God, and holy churche algate, And hys mayster also, that he ys wythe, Whersever he go, yn fylde or frythe; And thy felows thou love also, For that they craft wol that thou do.

D'autres constitutions.

À cette assemblée furent ordonnés d'autres points par de grands seigneurs et aussi des maîtres : que quiconque voudra connaître ce Métier et parvenir à l'état doit bien aimer Dieu, et toujours la Sainte Église, et aussi son maître, avec qui il est, où qu'il aille, aux champs ou dans les bois. Et aimez aussi vos compagnons, car c'est ce que votre Métier exige de vous.

Secundus punctus. The secunde poynt, as y [g]ow say, That the mason worche apon the werk day, Also trwly, as he con or may, To deserve hys huyre for the halyday, And trwly to labrun on hys dede, Wel deserve to have hys mede.

Le deuxième point.

Le deuxième point, comme je vous le dis, est que le maçon travaille le jour ouvrable aussi loyalement qu'il peut ou le pourra, pour mériter son salaire du jour de fête, et besogne loyalement à sa tâche, afin de mériter d'avoir sa récompense.

Tercius punctus. The thrydde poynt most be severele, With the prentes knowe hyt wele, Hys mayster conwsel he kepe and close, And hys felows by hys goode purpose; The prevetyse of the chamber telle he no man, Ny yn the logge whatsever they done; Whatsever thou heryst, or syste hem do, Telle hyt no mon, whersever thou go; The conwsel of halls, and [g]eke of bowre, Kepe hyt wel to gret honowre, Lest hyt wolde torne thyself to blame, And brynge the craft ynto gret schame.

Le troisième point.

Le troisième point doit être observé séparément : que l'apprenti le sache bien. Il gardera et taira le conseil de son maître, et aussi celui de ses compagnons, avec bon dessein. Il ne dira à nul homme les secrets de la chambre, ni rien de ce qu'ils font dans la loge. Quoi que vous les entendiez ou voyiez faire, ne le dites à nul homme, où que vous alliez. Le conseil des halles et aussi des chambres, gardez-le bien, à grand honneur, de peur qu'il ne vous attire le blâme et ne mette le Métier en grande honte.

Quartus punctus. The fowrthe poynt techyth us alse, That no mon to hys craft be false; Errour he schal maynteine none A[g]eynus the craft, but let hyt gone; Ny no pregedysse he schal not do To hys mayster, ny hys felows also; And that[g]th the prentes be under awe, [G]et he wolde have the same lawe.

Le quatrième point.

Le quatrième point nous enseigne aussi que nul homme ne soit faux envers son Métier. Il ne soutiendra aucune erreur contre le Métier, mais la laissera, et ne fera aucun tort à son maître ni à ses compagnons. Et bien que l'apprenti soit sous crainte, il voudrait pourtant avoir la même loi.

Quintus punctus. The fyfthe poynte ys, withoute nay, That whenne the mason taketh hys pay Of the mayster, y-ordent to hym, Ful mekely y-take so most hyt byn; [G]et most the mayster, by good resone, Warne hem lawfully byfore none, [G]ef he nulle okepye hem no more, As he hath y-done ther byfore; A[g]eynus thys ordyr he may not stryve, [G]ef he thenke wel for to thryve.

Le cinquième point.

Le cinquième point est, sans refus, que lorsque le maçon prend sa paie du maître, telle qu'elle a été ordonnée pour lui, elle doit être prise très humblement. Pourtant le maître, par bonne raison, doit les avertir légalement avant midi, s'il ne veut plus les employer, comme il le faisait auparavant. Nul ne peut lutter contre cet ordre, s'il pense prospérer.

Sextus punctus. The syxte poynt ys ful [g]ef to knowe, Bothe to hye and eke to lowe, For suche case hyt my[g]th befalle, Amonge the masonus, summe or alle, Throwghe envye, or dedly hate, Ofte aryseth ful gret debate. Thenne owyth the mason, [g]ef that he may, Putte hem bothe under a day; But loveday [g]et schul they make none; Tyl that the werke day be clene a-gone; Apon the holyday [g]e mowe wel take Leyser y-now[g]gth loveday to make, Lest that hyt wolde the werke day Latte here werke for suche afray; To suche ende thenne that hem drawe, That they stonde wel yn Goddes lawe.

Le sixième point.

Le sixième point est fort aisé à connaître, pour les grands comme pour les petits : pareil cas pourrait arriver parmi les maçons, à quelques-uns ou à tous, que par envie ou par haine mortelle naisse souvent grande dispute. Alors le maçon doit, s'il le peut, les convoquer tous deux à un jour ; mais ils ne feront pas encore un jour d'amour avant que le jour ouvrable ne soit tout à fait passé. Le jour de fête vous trouverez bien assez de loisir pour faire un jour d'amour, de peur que la querelle ne gêne leur ouvrage le jour ouvrable. Qu'ils soient amenés à une telle fin qu'ils se tiennent bien dans la loi de Dieu.

Septimus punctus. The seventhe poynt he may wel mene, Of wel longe lyf that God us lene, As hyt dyscryeth wel opunly, Thou schal not by thy maysters wyf ly, Ny by the felows, yn no maner wyse, Lest the craft wolde the despyse; Ny by the felows concubyne, No more thou woldest he dede by thyne. The peyne thereof let hyt be ser, That he prentes ful seven [g]er, [G]ef he forfete yn eny of hem, So y-chasted thenne most he ben; Ful mekele care my[g]th ther begynne, For suche a fowle dedely synne.

Le septième point.

Le septième point, il peut bien l'entendre, de la longue vie que Dieu nous prête, comme il le décrit clairement : vous ne coucherez pas avec la femme de votre maître, ni avec celle de votre compagnon, en aucune manière, de peur que le Métier ne vous méprise ; ni avec la concubine de votre compagnon, pas plus que vous ne voudriez qu'il le fît avec la vôtre. Que la peine soit certaine : il servira de nouveau sept ans comme apprenti. S'il offense en l'un de ces points, il doit être châtié en conséquence. Grand chagrin pourrait naître d'un si vil péché mortel.

Octavus punctus. The eghte poynt, he may be sure, [G]ef thou hast y-taken any cure, Under thy mayster thou be trwe, For that pynt thou schalt never arewe; A trwe medyater thou most nede be To thy mayster, and thy felows fre; Do trwly al....that thou my[g]th, To both partyes, and that ys good ry[g]th.

Le huitième point.

Le huitième point, vous pouvez en être sûr : si vous avez pris quelque charge, soyez loyal envers votre maître, et vous ne vous repentirez jamais de ce point. Il faut que vous soyez un vrai médiateur entre votre maître et vos compagnons. Faites loyalement tout ce que vous pouvez aux deux parties, et c'est le bon droit.

Nonus punctus. The nynthe poynt we schul hym calle, That he be stwarde of oure halle, Gef that ge ben yn chambur y-fere, Uchon serve other, with mylde chere; Jentul felows, ge moste hyt knowe, For to be stwardus alle o rowe, Weke after weke withoute dowte, Stwardus to ben so alle abowte, Lovelyche to serven uchon othur, As thawgh they were syster and brother; Ther schal never won on other costage Fre hymself to no vantage, But every mon schal be lyche fre Yn that costage, so moste hyt be;

Le neuvième point.

Le neuvième point, nous l'appellerons ainsi : qu'il soit intendant de notre salle. Si vous êtes ensemble dans une chambre, que chacun serve l'autre d'un visage doux. Aimables compagnons, vous devez savoir que vous serez tous intendants à tour de rôle, semaine après semaine sans faute, tous, vous servant les uns les autres avec amour comme si vous étiez sœur et frère. Nul ne s'affranchira aux dépens d'un autre pour aucun avantage ; mais chaque homme sera également libre dans cette dépense, ainsi doit-il en être.

Loke that thou pay wele every mon algate, That thou hsat y-bow[g]ht any vytayles ate, That no cravynge be y-mad to the, Ny to thy felows, yn no degré, To mon or to wommon, whether he be, Pay hem wel and trwly, for that wol we; Therof on thy felow trwe record thou take, For that good pay as thou dost make, Lest hyt wolde thy felowe schame, Any brynge thyself ynto gret blame. [G]et good acowntes he most make Of suche godes as he hath y-take, Of thy felows goodes that thou hast spende, Wher, and how, and to what ende; Suche acowntes thou most come to, Whenne thy felows wollen that thou do.

Veillez à toujours bien payer chaque homme pour les vivres que vous avez achetés, afin qu'aucune réclamation ne vous soit faite, ni à vos compagnons, en aucune manière, qu'elle vienne d'homme ou de femme. Payez-les bien et loyalement, car c'est ce que nous voulons. Prenez de votre compagnon un vrai témoignage du bon paiement que vous faites, de peur que cela ne fasse honte à votre compagnon et ne vous attire à vous-même grand blâme. L'intendant doit aussi rendre bon compte des biens qu'il a pris, des biens de vos compagnons que vous avez dépensés, où, et comment, et à quelle fin. Vous devez venir à de tels comptes quand vos compagnons le voudront.

Decimus punctus. The tenthe poynt presentyeth wel god lyf, To lyven withoute care and stryf; For and the mason lyve amysse, And yn hys werk be false, y-wysse, And thorw[g] suche a false skewysasyon May sclawndren hys felows oute reson, Throw[g] false sclawnder of suche fame May make the craft kachone blame. [G]ef he do the craft suche vylany, Do hym no favour thenne securly. Ny maynteine not hym yn wyked lyf, Lest hyt wolde turne to care and stryf; But get hym [g]e schul not delayme, But that [g]e schullen hym constrayne, For to apere whersevor [g]e wylle, Whar that [g]e wolen, lowde, or stylle; To the nexte semblé [g]e schul hym calle, To apere byfore hys felows alle, And but [g]ef he wyl byfore hem pere, The crafte he moste nede forswere; He schal thenne be chasted after the lawe That was y-fownded by olde dawe.

Le dixième point.

Le dixième point expose une bonne vie, pour vivre sans souci ni querelle. Car si le maçon vit mal et est faux dans son ouvrage, et par une telle fausse excuse calomnie ses compagnons sans raison, par la fausse calomnie d'un tel rapport il peut faire blâmer tout le Métier. S'il fait au Métier une telle vilenie, ne lui montrez aucune faveur, assurément, et ne le soutenez pas dans une vie mauvaise, de peur que cela ne tourne en souci et en querelle. Pourtant vous ne tarderez pas avec lui, mais vous le contraindrez à comparaître où vous voudrez, là où vous voudrez, haut ou bas. Vous le convoquerez à la prochaine assemblée, pour comparaître devant tous ses compagnons, et s'il ne veut pas comparaître devant eux, il devra abjurer le Métier. Il sera alors châtié selon la loi qui fut fondée aux jours anciens.

Punctus undecimus. The eleventhe poynt ys of good dyscrecyoun, As [g]e mowe knowe by good resoun; A mason, and he thys craft wel con, That sy[g]th hys felow hewen on a ston, And ys yn poynt to spylle that ston, Amende hyt sone, [g]ef that thou con, And teche hym thenne hyt to amende, That the l(ordys) werke be not y-schende, And teche hym esely hyt to amende, With fayre wordes, that God the hath lende; For hys sake that sytte above, With swete wordes noresche hym love.

Le onzième point.

Le onzième point est de bonne discrétion, comme vous pouvez le savoir par bonne raison. Un maçon, s'il connaît bien ce Métier, qui voit son compagnon tailler une pierre et sur le point de la gâter, doit l'amender bientôt, s'il le peut, et lui apprendre comment l'amender, afin que l'ouvrage du seigneur ne soit pas ruiné. Enseignez-lui doucement à l'amender, avec de belles paroles que Dieu vous a prêtées. Pour l'amour de Celui qui est au-dessus, nourrissez l'amour par de douces paroles.

Punctus duodecimus. The twelthe poynt of gret ryolté, Ther as the semblé y-hole schal be, Ther schul be maystrys and felows also, And other grete lordes mony mo; There schal be the scheref of that contré, And also the meyr of that syté, Kny[g]tes and sqwyers ther schul be, And other aldermen, as [g]e schul se; Suche ordynance as they maken there, They schul maynté hyt hol y-fere A[g]eynus that mon, whatsever he be, That longuth to the craft bothe fayr and fre. [G]ef he any stryf a[g]eynus hem make, Ynto here warde he schal be take.

Le douzième point.

Le douzième point est de grande royauté : là où l'assemblée doit se tenir, il y aura des maîtres et aussi des compagnons, et beaucoup d'autres grands seigneurs. Il y aura le shérif de ce comté et aussi le maire de cette ville, des chevaliers et des écuyers y seront, et d'autres échevins, comme vous le verrez. Quelque ordonnance qu'ils y fassent, ils la maintiendront ensemble contre cet homme, quel qu'il soit, qui appartient au Métier, loyal et libre. S'il fait quelque querelle contre eux, il sera pris sous leur garde.

xiijus punctus. The threnteth poynt ys to us ful luf. He schal swere never to be no thef, Ny soker hym yn hys fals craft, For no good that he hath byraft, And thou mowe hyt knowe or syn, Nowther for hys good, ny for hys kyn.

Le treizième point.

Le treizième point nous est fort cher : il jurera de n'être jamais voleur, ni de secourir un voleur dans son faux métier, pour aucun bien qu'il ait pris, si vous pouvez le savoir ou le voir, ni pour ses biens ni pour sa parenté.

xiiijus punctus. The fowrtethe poynt ys ful good lawe To hym that wold ben under awe; A good trwe othe he most ther swere To hys mayster and hys felows that ben there; He most be stedefast and trwe also To alle thys ordynance, whersever he go, And to hys lyge lord the kynge, To be trwe to hym, over alle thynge. And alle these poyntes hyr before To hem thou most nede by y-swore, And alle schul swere the same ogth Of the masonus, be they luf, ben they loght, To alle these poyntes hyr byfore, That hath ben ordeynt by ful good lore. And they schul enquere every mon On his party, as wyl as he con, [G]ef any mon mowe be y-fownde gulty Yn any of these poyntes spesyaly; And whad he be, let hym be sow[g]ht, And to the semblé let hym be brow[g]ht.

Le quatorzième point.

Le quatorzième point est une très bonne loi pour celui qui voudrait être sous crainte : il doit y prêter un bon et vrai serment à son maître et à ses compagnons qui sont là. Il doit être ferme et loyal envers toute cette ordonnance, où qu'il aille, et envers son seigneur lige le roi, pour lui être fidèle par-dessus toutes choses. Et à tous ces points qui précèdent vous devez nécessairement être assermentés, et tous les maçons, de gré ou de force, prêteront le même serment à tous ces points, qui ont été ordonnés par un très bon enseignement. Et chaque homme s'enquerra, pour sa part, aussi bien qu'il le pourra, si quelque homme peut être trouvé coupable de l'un de ces points en particulier ; et quel qu'il soit, qu'on le cherche et qu'on l'amène à l'assemblée.

Quindecimus punctus. The fiftethe poynt ys of ful good lore, For hem that schul ben ther y-swore, Suche ordyance at the semblé wes layd Of grete lordes and maystres byforesayd; For thelke that be unbuxom, y-wysse, A[g]eynus the ordynance that ther ysse Of these artyculus, that were y-meved there, Of grete lordes and masonus al y-fere. And [g]ef they ben y-preved opunly Byfore that semblé, by an by, And for here gultes no mendys wol make, Thenne most they nede the crafy forsake; And so masonus craft they schul refuse, And swere hyt never more for to use.

Le quinzième point.

Le quinzième point est d'un très bon enseignement pour ceux qui seront là assermentés. Une telle ordonnance fut établie à l'assemblée par les grands seigneurs et maîtres susdits, pour ceux qui sont désobéissants à l'ordonnance qui existe, de ces articles qui furent proposés là par de grands seigneurs et maçons tous ensemble. Et s'ils sont ouvertement convaincus devant cette assemblée, l'un après l'autre, et ne veulent faire aucune réparation de leur faute, alors ils doivent nécessairement abandonner le Métier ; ils renonceront au métier de maçon et jureront de ne plus jamais l'exercer.

But [g]ef that they wol mendys make, A[g]ayn to the craft they schul never take; And [g]ef that they nul not do so, The scheref schal come hem sone to, And putte here bodyes yn duppe prison, For the trespasse that they hav y-don, And take here goodes and here cattelle Ynto the kynges hond, everyt delle, And lete hem dwelle ther full stylle, Tyl hyt be oure lege kynges wylle.

Mais s'ils veulent faire réparation, ils ne seront plus jamais repris dans le Métier. Et s'ils ne veulent pas le faire, le shérif viendra bientôt à eux et mettra leurs corps en profonde prison pour le méfait qu'ils ont commis, et prendra leurs biens et leur bétail dans la main du roi, jusqu'au dernier, et les laissera là très tranquilles jusqu'à ce que ce soit la volonté de notre roi lige.

Alia ordinacio artis gematriae. They ordent ther a semblé to be y-holde Every [g]er, whersever they wolde, To amende the defautes, [g]ef any where fonde Amonge the craft withynne the londe; Uche [g]er or thrydde [g]er hyt schuld be holde, Yn every place whersever they wolde; Tyme and place most be ordeynt also, Yn what place they schul semble to. Alle the men of craft tehr they most ben, And other grete lordes, as [g]e mowe sen, To mende the fautes that buth ther y-spoke, [G]ef that eny of hem ben thenne y-broke.

Une autre ordonnance de l'art de la géométrie.

Ils ordonnèrent qu'une assemblée se tînt chaque année, où ils voudraient, pour corriger les fautes, s'il s'en trouvait parmi le Métier dans le pays. Elle devait se tenir chaque année ou tous les trois ans, en tel lieu qu'ils voudraient. Le temps et le lieu doivent aussi être ordonnés, en quel lieu ils s'assembleraient. Tous les hommes du Métier doivent y être, et d'autres grands seigneurs, comme vous pouvez le voir, pour réparer les fautes dont on parle là, si quelqu'un a enfreint les règles.

Ther they schullen ben alle y-swore, That longuth to thys craftes lore, To kepe these statutes everychon, That ben y-ordeynt by kynge Aldelston; These statutes that y have hyr y-fonde Y chulle they ben holde thro[g]h my londe, For the worsche of my ry[g]olté, That y have by my dygnyté. Also at every semblé that [g]e holde, That ge come to [g]owre lyge kyng bolde, Bysechynge hym of hys hye grace, To stonde with [g]ow yn every place, To conferme the statutes of kynge Adelston, That he ordeydnt to thys craft by good reson,

Tous ceux qui appartiennent à la science de ce Métier seront assermentés là pour garder ces statuts, tous sans exception, qui furent ordonnés par le roi Athelstan. Le roi dit : « Ces statuts que j'ai trouvés ici, je veux qu'ils soient gardés dans tout mon royaume, pour l'honneur de ma royauté, que j'ai par ma dignité. » Aussi, à chaque assemblée que vous tiendrez, vous viendrez à votre roi lige, hardiment, le suppliant de sa haute grâce de se tenir avec vous en tout lieu, pour confirmer les statuts du roi Athelstan, qu'il ordonna pour ce Métier par bonne raison.

Ars quatuor coronatorum. Pray we now to God almy[g]ht, And to hys moder Mary bry[g]ht, That we mowe keepe these artyculus here, And these poynts wel al y-fere, As dede these holy martyres fowre, That yn thys craft were of gret honoure; They were as gode masonus as on erthe schul go, Gravers and ymage-makers they were also. For they were werkemen of the beste, The emperour hade to hem gret luste; He wylned of hem a ymage to make, That mow[g]h be worscheped for his sake; Suche mawmetys he hade yn hys dawe, To turne the pepul from Crystus lawe.

L'art des quatre martyrs couronnés.

Prions maintenant Dieu tout-puissant, et sa mère Marie la lumineuse, que nous puissions garder ces articles ici, et ces points, bien tous ensemble, comme le firent ces quatre saints martyrs qui furent de grand honneur dans ce Métier. Ils étaient d'aussi bons maçons qu'il y en eut jamais sur la terre ; ils étaient aussi graveurs et faiseurs d'images. Car ils étaient des ouvriers des meilleurs, et l'empereur avait grand désir d'eux. Il voulut qu'ils fissent une image qui pût être adorée pour son amour ; de telles idoles il en avait en son temps, pour détourner le peuple de la loi du Christ.

But they were stedefast yn Crystes lay, And to here craft, withouten nay; They loved wel God and alle hys lore, And weren yn hys serves ever more. Trwe men they were yn that dawe, And lyved wel y Goddus lawe; They tho[g]ght no mawmetys for to make, For no good that they my[g]th take, To levyn on that mawmetys for here God, They nolde do so thaw[g] he were wod; For they nolde not forsake here trw fay, An beyleve on hys falsse lay. The emperour let take hem sone anone, And putte hem ynto a dep presone; The sarre he penest hem yn that plase, The more yoye wes to hem of Cristus grace.

Mais ils furent fermes dans la loi du Christ, et dans leur Métier, sans refus. Ils aimaient bien Dieu et tout son enseignement, et furent toujours à son service. Ils étaient des hommes loyaux en ce temps-là et vivaient bien dans la loi de Dieu. Ils ne voulurent pas songer à faire des idoles, pour aucun gain qu'ils pussent prendre, afin de croire en ces idoles comme en leur Dieu ; ils ne le firent pas, fût-il fou. Car ils ne voulaient pas abandonner leur vraie foi et croire en sa fausse loi. L'empereur les fit saisir aussitôt et jeter en profonde prison. Plus il les punissait durement en ce lieu, plus ils avaient de joie de la grâce du Christ.

Thenne when he sye no nother won, To dethe he lette hem thenne gon; Whose wol of here lyf [g]et mor knowe, By the bok he may kyt schowe, In the legent of scanctorum, The name of quatour coronatorum. Here fest wol be, withoute nay, After Alle Halwen the eyght day.

Puis, quand il ne vit plus d'autre moyen, il les envoya à la mort. Quiconque désire en savoir davantage sur leur vie le trouvera dans le livre, dans la légende des saints, sous le nom des Quatre Couronnés. Leur fête, sans refus, sera le huitième jour après la Toussaint.

[G]e mow here as y do rede, That mony [g]eres after, for gret drede That Noees flod wes alle y-ronne, The tower of Babyloyne was begonne, Also playne werke of lyme and ston, As any mon schulde loke uppon; So long and brod hyt was begonne, Seven myle the he[g]ghte schadweth the sonne. King Nabogodonosor let hyt make, To gret strenthe for monus sake, Tha[g]gh suche a flod a[g]ayne schulde come, Over the werke hyt schulde not nome; For they hadde so hy pride, with stronge bost, Alle that werke therfore was y-lost; An angele smot hem so with dyveres speche, That never won wyste what other schuld reche.

Vous pouvez l'entendre, comme je le lis, que bien des années après, par grande crainte que le déluge de Noé n'eût tout couru, la Tour de Babylone fut commencée, ouvrage aussi manifeste de chaux et de pierre que nul homme n'en dût regarder. Elle fut commencée si longue et si large que sa hauteur, sept milles, faisait ombre au soleil. Le roi Nabuchodonosor la fit faire, avec grande solidité, pour le bien des hommes, afin que si un tel déluge revenait, il ne passât pas par-dessus l'ouvrage. Mais parce qu'ils avaient un si grand orgueil, avec de fortes vantardises, tout cet ouvrage fut perdu. Un ange les frappa de langages divers, de sorte que jamais aucun ne sut ce que l'autre devait dire.

Mony eres after, the goode clerk Euclyde Ta[g]ghte the craft of gemetré wonder wyde, So he ded that tyme other also, Of dyvers craftes mony mo. Thro[g]gh hye grace of Crist yn heven, He commensed yn the syens seven; Gramatica ys the furste syens y-wysse, Dialetica the secunde, so have y blysse, Rethorica the thrydde, withoute nay, Musica ys the fowrth, as y [g]ow say, Astromia ys the v, by my snowte, Arsmetica the vi, withoute dowte Gemetria the seventhe maketh an ende, For he ys bothe make and hende, Gramer forsothe ys the rote, Whose wyl lurne on the boke;

Bien des années après, le bon savant Euclide enseigna très largement le métier de la géométrie, comme il le fit en ce temps-là de beaucoup d'autres métiers encore. Par la haute grâce du Christ au ciel, il commença par les sept sciences. La grammaire est la première science, en vérité ; la dialectique la deuxième, que j'aie ainsi la béatitude ; la rhétorique la troisième, sans conteste ; la musique est la quatrième, comme je vous le dis ; l'astronomie la cinquième, par mon museau ; l'arithmétique la sixième, sans doute ; la géométrie, la septième, met fin, car elle est à la fois humble et courtoise. La grammaire, en vérité, est la racine, pour quiconque voudra apprendre dans le livre ;

But art passeth yn hys degré, As the fryte doth the rote of the tre; Rethoryk metryth with orne speche amonge, And musyke hyt ys a swete song; Astronomy nombreth, my dere brother, Arsmetyk scheweth won thyng that ys another, Gemetré the seventh syens hyt ysse, That con deperte falshed from trewthe y-wys. These bene the syens seven, Whose useth hem wel, he may han heven.

mais l'art la surpasse en son degré, comme le fruit surpasse la racine de l'arbre. La rhétorique mesure par un langage orné, et la musique est un doux chant ; l'astronomie compte, mon cher frère ; l'arithmétique montre qu'une chose est une autre ; la géométrie est la septième science, qui sait séparer le faux du vrai en vérité. Telles sont les sept sciences ; quiconque en use bien peut avoir le ciel.

Now dere chyldren, by [g]owre wytte, Pride and covetyse that [g]e leven, hytte, And taketh hede to goode dyscrecyon, And to good norter, whersever [g]e com. Now y pray [g]ow take good hede, For thys [g]e most kenne nede, But much more [g]e moste wyten, Thenne [g]e fynden hyr y-wryten. [G]ef the fayle therto wytte, Pray to God to send the hytte; For Crist hymself, he techet ous That holy churche ys Goddes hous, That ys y-mad for nothynge ellus but for to pray yn, as the bok tellus; Ther the pepul schal gedur ynne, To pray and wepe for here synne.

Maintenant, chers enfants, par votre esprit, laissez l'orgueil et la convoitise, et prenez garde à la bonne discrétion et aux bonnes manières, où que vous alliez. Maintenant je vous prie de bien y prendre garde, car cela vous devez nécessairement le savoir, mais vous devez en savoir bien plus que vous n'en trouvez écrit ici. Si l'esprit vous manque en cela, priez Dieu de vous l'envoyer. Car le Christ lui-même nous enseigne que la Sainte Église est la maison de Dieu, faite pour rien d'autre que pour y prier, comme nous le dit le livre ; là le peuple doit se rassembler pour prier et pleurer son péché.

Loke thou come not to churche late, For to speke harlotry by the gate; Thenne to churche when thou dost fare, Have yn thy mynde ever mare To worschepe thy lord God bothe day and ny[g]th, With all thy wyttes, and eke thy my[g]th. To the churche dore when tou dost come, Of that holy water ther sum thow nome, For every drope thou felust ther Qwenchet a venyal synne, be thou ser. But furst thou most do down thy hode, For hyse love that dyed on the rode.

Veillez à ne pas venir tard à l'église, pour dire des grossièretés près de la porte. Quand vous allez à l'église, ayez toujours à l'esprit d'adorer le Seigneur votre Dieu de jour et de nuit, de tout votre esprit et aussi de toute votre force. Quand vous arrivez à la porte de l'église, prenez de cette eau bénite qui s'y trouve, car chaque goutte que vous y sentez éteint un péché véniel, soyez-en sûr. Mais d'abord vous devez ôter votre capuchon, par amour pour celui qui mourut sur la croix.

Into the churche when thou dost gon, Pulle uppe thy herte to Crist, anon; Uppon the rode thou loke uppe then, And knele down fayre on bothe thy knen; Then pray to hym so hyr to worche, After the lawe of holy churche, For to kepe the comandementes ten, That God [g]af to alle men; And pray to hym with mylde steven To kepe the from the synnes seven, That thou hyr mowe, yn thy lyve, Kepe the wel from care and stryve, Forthermore he grante the grace, In heven blysse to hav a place.

Quand vous entrez dans l'église, élevez aussitôt votre cœur vers le Christ. Levez alors les yeux vers la croix, et agenouillez-vous bellement sur vos deux genoux. Puis priez-le d'agir ici selon la loi de la Sainte Église, de garder les dix commandements que Dieu donna à tous les hommes ; et priez-le d'une voix douce de vous garder des sept péchés, afin qu'ici, dans votre vie, vous puissiez bien vous garder du souci et de la querelle. De plus, qu'il vous accorde la grâce d'avoir une place dans la béatitude du ciel.

In holy churche lef nyse wordes Of lewed speche, and fowle bordes, And putte away alle vanyté, And say thy pater noster and thyn ave; Loke also thou make no bere, But ay to be yn thy prayere; [G]ef thou wolt not thyselve pray, Latte non other mon by no way. In that place nowther sytte ny stonde, But knele fayre down on the gronde, And, when the Gospel me rede schal, Fayre thou stonde up fro the wal, And blesse the fayre, [g]ef that thou conne, When gloria tibi is begonne; And when the gospel ys y-done, A[g]ayn thou my[g]th knele adown; On bothe thy knen down thou falle, For hyse love that bow[g]ht us alle;

Dans la sainte église, laissez les paroles oiseuses, les propos grossiers et les plaisanteries immondes, et mettez de côté toute vanité, et dites votre Pater Noster et votre Ave. Veillez aussi à ne faire aucun bruit, mais soyez toujours à votre prière. Si vous ne voulez pas prier vous-même, n'empêchez en rien un autre homme. En ce lieu ne vous asseyez ni ne vous tenez debout, mais agenouillez-vous bellement à terre. Quand l'Évangile est lu, levez-vous bellement du mur, et signez-vous bellement, si vous savez comment, quand Gloria tibi est commencé. Quand l'Évangile est achevé, vous pouvez vous agenouiller de nouveau ; tombez sur vos deux genoux par amour pour celui qui nous a tous rachetés.

And when thou herest the belle rynge To that holy sakerynge, Knele [g]e most, bothe [g]yn[g]e and olde, And bothe [g]or hondes fayr upholde, And say thenne yn thys manere, Fayr and softe, withoute bere; "Jhesu Lord, welcom thou be, Yn forme of bred, as y the se. Now Jhesu, for thyn holy name, Schulde me from synne and schame, Schryff and hosel thou grant me bo, [G]er that y schal hennus go, And vey contrycyon of my synne, Tath y never, Lord, dye therynne; And, as thou were of a mayde y-bore, Sofre me never to be y-lore; But when y schal hennus wende, Grante me the blysse withoute ende; Amen! amen! so mot hyt be! Now, swete lady, pray for me." Thus thou my[g]ht say, or sum other thynge, When thou knelust at the sakerynge.

Quand vous entendez sonner la cloche pour ce saint sacrement, vous devez vous agenouiller, jeunes et vieux, et lever bellement vos deux mains, et dire alors de cette manière, bellement et doucement, sans bruit : « Seigneur Jésus, soyez le bienvenu, sous la forme du pain, comme je vous vois. Maintenant, Jésus, pour votre saint nom, protégez-moi du péché et de la honte ; accordez-moi la confession et le viatique avant que je ne parte d'ici, et une vraie contrition de mon péché, afin que je n'y meure jamais, Seigneur ; et comme vous êtes né d'une vierge, ne souffrez jamais que je sois perdu ; mais quand je partirai d'ici, accordez-moi la béatitude sans fin. Amen ! Amen ! Ainsi soit-il ! Maintenant, douce dame, priez pour moi. » Ainsi vous pouvez dire, ou quelque autre chose, quand vous vous agenouillez devant le sacrement.

For covetyse after good, spare thou nought To worschepe hym that alle hath wrought; For glad may a mon that day ben, That onus yn the day may hym sen; Hyt ys so muche worthe, withoute nay, The vertu therof no mon telle may; But so meche good doth that syht, As seynt Austyn telluth ful ryht, That day thou syst Goddus body, Thou schalt have these, ful securly:- Mete and drynke at thy nede, Non that day schal the gnede; Ydul othes, an wordes bo, God for[g]eveth the also; Soden deth, that ylke day, The dar not drede by no way; Also that day, y the plyht, Thou schalt not lese thy eye syht; And uche fote that thou gost then, That holy syht for to sen, They schul be told to stonde yn stede, When thou hast therto gret nede; That messongere, the angele Gabryelle, Wol kepe hem to the ful welle.

Par convoitise de biens, n'épargnez rien pour adorer celui qui a tout fait ; car un homme peut être heureux ce jour-là qui, une fois dans le jour, peut le voir. Cela vaut tant, sans conteste, que nul homme ne peut en dire la vertu ; mais cette vue fait tant de bien, comme saint Augustin le dit fort justement, que le jour où vous voyez le corps de Dieu vous aurez ces choses, très sûrement : nourriture et boisson selon votre besoin, nul ce jour-là ne vous manquera ; serments oiseux et paroles oiseuses, Dieu vous les pardonne aussi ; mort subite ce même jour, vous n'avez pas à la craindre en aucune manière ; aussi ce jour-là, je vous le garantis, vous ne perdrez pas la vue ; et chaque pas que vous faites alors pour voir cette sainte vue vous sera compté pour vous servir quand vous en aurez grand besoin ; ce messager, l'ange Gabriel, vous les gardera très bien.

From thys mater now y may passe, To telle mo medys of the masse: To churche come [g]et, [g]ef thou may, And here thy masse uche day; [G]ef thou mowe not come to churche, Wher that ever thou doste worche, When thou herest to masse knylle, Pray to God with herte stylle, To [g]eve the part of that servyse, That yn churche ther don yse.

De cette matière je puis maintenant passer, pour dire d'autres récompenses de la messe : venez à l'église tranquillement, si vous le pouvez, et entendez votre messe chaque jour. Si vous ne pouvez venir à l'église, où que vous soyez au travail, quand vous entendez sonner la cloche de la messe, priez Dieu d'un cœur paisible de vous donner part à ce service qu'ils accomplissent dans l'église.

Forthermore [g]et, y wol [g]ow preche To [g]owre felows, hyt for to teche, When thou comest byfore a lorde, Yn halle, yn bowre, or at the borde, Hod or cappe that thou of do, [G]er thou come hym allynge to; Twyes or thryes, without dowte, To that lord thou moste lowte; With thy ry[g]th kne let hyt be do, Thyn owne worschepe tou save so. Holde of thy cappe, and hod also, Tyl thou have leve hyt on to do. Al the whyle thou spekest with hym, Fayre and lovelyche bere up thy chyn; So, after the norter of the boke, Yn hys face lovely thou loke. Fot and hond, thou kepe ful stylle From clawynge and trypynge, ys sckylle; From spyttynge and snyftynge kepe the also, By privy avoydans let hyt go. And [g]ef that thou be wyse and felle, Thou hast gret nede to governe the welle.

De plus, je veux vous prêcher, pour que vous l'enseigniez à vos compagnons : quand vous venez devant un seigneur, dans la salle, dans la chambre ou à la table, ôtez votre capuchon ou votre bonnet avant de venir à lui. Deux ou trois fois, sans doute, vous devez vous incliner devant ce seigneur ; que ce soit fait du genou droit, et ainsi vous sauvez votre propre honneur. Tenez votre bonnet et votre capuchon ôtés jusqu'à ce que vous ayez permission de les remettre. Tout le temps que vous parlez avec lui, portez votre menton bellement et aimablement levé ; ainsi, selon le livre de civilité, regardez-le aimablement au visage. Gardez votre pied et votre main bien tranquilles, sans vous gratter ni trébucher, comme il est raisonnable ; gardez-vous aussi de cracher et de renifler, et laissez cela aller en un lieu retiré. Et si vous êtes sage et fort, vous avez grand besoin de bien vous gouverner.

Ynto the halle when thou dost wende, Amonges the genteles, good and hende, Presume not to hye for nothynge, For thyn hye blod, ny thy connynge, Nowther to sytte, ny to lene, That ys norther good and clene. Let not thy cowntenans therfore abate, Forsothe, good norter wol save thy state. Fader and moder, whatsever they be, Wel ys the chyld that wel may the, Yn halle, yn chamber, wher thou dost gon; Gode maneres maken a mon. To the nexte degré loke wysly, To do hem reverans by and by; Do hem [g]et no reverans al o-rowe, But [g]ef that thou do hem know.

Quand vous entrez dans la salle, parmi les gens de qualité, bons et courtois, ne présumez pas trop haut pour quoi que ce soit, à cause de votre haut sang ou de votre habileté, ni pour vous asseoir ni pour vous appuyer : c'est une bonne et nette civilité. Ne laissez pas votre contenance en fléchir pour cela ; en vérité, la bonne civilité sauvera votre état. Quels que soient votre père et votre mère, bien en prend à l'enfant qui sait prospérer, dans la salle ou dans la chambre, où que vous alliez ; les bonnes manières font l'homme. Regardez sagement au degré suivant, pour leur faire révérence à leur tour ; ne leur faites pas révérence tous à la file, à moins que vous ne les connaissiez.

To the mete when thou art y-sette, Fayre and onestelyche thou ete hytte; Fyrst loke that thyn honden be clene, And that thy knyf be scharpe and kene; And kette thy bred al at thy mete, Ry[g]th as hyt may be ther y-ete. [G]ef thou sytte by a worththyur mon. Then thy selven thou art won, Sofre hym fyrst to toyche the mete, [G]er thyself to hyt reche. To the fayrest mossel thou my[g]ht not strike, Thaght that thou do hyt wel lyke; Kepe thyn hondes, fayr and wel, From fowle smogynge of thy towel; Theron thou schalt not thy nese snyte, Ny at the mete thy tothe thou pyke; To depe yn the coppe thou my[g]ght not synke, Thagh thou have good wyl to drynke, Lest thyn enyn wolde wattryn therby_ Then were hyt no curtesy Loke yn thy mowth ther be no mete, When thou begynnyst to drynke or speke. When thou syst any mon drynkynge, That taketh hed to thy carpynge, Sone anonn thou sese thy tale, Whether he drynke wyn other ale.

Quand vous êtes assis au repas, mangez bellement et honnêtement. Veillez d'abord à ce que vos mains soient propres et que votre couteau soit aiguisé et tranchant, et coupez votre pain à votre repas tel qu'il peut y être mangé. Si vous êtes assis près d'un homme plus digne que vous, laissez-le toucher d'abord la viande avant que vous ne tendiez la main vers elle. Vous ne devez pas vous jeter sur le plus beau morceau, quoiqu'il vous plaise fort. Gardez vos mains bellement et bien de souiller salement votre serviette ; vous ne vous y moucherez pas, ni ne vous curerez la dent au repas. Ne vous enfoncez pas trop profond dans la coupe, bien que vous ayez bonne envie de boire, de peur que vos yeux n'en pleurent, car ce ne serait pas courtoisie. Veillez à ce qu'il n'y ait pas de viande dans votre bouche quand vous commencez à boire ou à parler. Quand vous voyez quelque homme boire qui écoute votre propos, arrêtez aussitôt votre récit, qu'il boive du vin ou de la bière.

Loke also thou scorne no mon, Yn what degré thou syst hym gon; Ny thou schalt no mon deprave, [G]ef thou wolt thy worschepe save; For suche worde my[g]ht ther outberste, That myg[h]t make the sytte yn evel reste, Close thy honde yn thy fyste, And kepe the wel from "had-y-wyste." Yn chamber amonge the ladyes bryght, Holde thy tonge and spende thy syght; Law[g]e thou not with no gret cry, Ny make no ragynge with rybody. Play thou not buyt with thy peres, Ny tel thou not al that thou heres; Dyskever thou not thyn owne dede, For no merthe, ny for no mede; With fayr speche thou myght have thy wylle, With hyt thou myght thy selven spylle. When thou metyst a worthy mon, Cappe and hod thou holle not on; Yn churche, yn chepyns, or yn the gate, Do hym revera(n)s after hys state.

Veillez aussi à ne mépriser aucun homme, quel que soit le degré où vous le voyez aller ; vous ne déprécierez non plus aucun homme, si vous voulez sauver votre honneur. Car une telle parole pourrait éclater qui vous ferait vivre en mauvais repos. Fermez votre main en poing et gardez-vous bien du « si j'avais su ». Dans la chambre parmi les dames brillantes, tenez votre langue et usez de votre vue. Ne riez pas à grand cri, ni ne faites de folies avec grossièreté. Ne jouez qu'avec vos pairs, et ne dites pas tout ce que vous entendez. Ne révélez pas votre propre action, pour aucune gaieté ni aucune récompense ; par de belles paroles vous pouvez avoir votre volonté, et par elles vous pouvez aussi vous perdre. Quand vous rencontrez un homme digne, ne gardez pas votre bonnet et votre capuchon ; à l'église, au marché ou à la porte, faites-lui révérence selon son état.

[G]ef thou gost with a worthyor mon Then thyselven thou art won, Let thy forther schulder sewe hys backe, For that ys norter withoute lacke; When he doth speke, holte the stylle, When he hath don, sey for thy wylle; Yn thy speche that thou be felle, And what thou sayst avyse the welle; But byref thou not hym hys tale, Nowther at the wyn, ny at the ale. Cryst then of hys hye grace, [G]eve [g]ow bothe wytte and space, Wel thys boke to conne and rede, Heven to have for [g]owre mede. Amen! amen! so mot hyt be! Say we so all per charyté.

Si vous allez avec un homme plus digne que vous, que votre épaule de devant suive son dos, car c'est civilité sans faute. Quand il parle, tenez-vous tranquille ; quand il a fini, dites ce que vous voudrez. Soyez prudent dans votre langage, et considérez bien ce que vous dites ; mais ne lui dérobez pas son récit, que ce soit au vin ou à la bière. Que le Christ alors, de sa haute grâce, vous donne à la fois l'esprit et le loisir de bien connaître et lire ce livre, et d'avoir le ciel pour récompense. Amen ! Amen ! Ainsi soit-il ! Disons tous ainsi, par charité.

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